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Παρασκευή 12 Νοεμβρίου 2021

ΣΑΙΝ ΣΑΝΣ ΠΟΙΗΤΗΣ!

 


CAMILLE SAINT-SAËNS

 

GNÔTI SEAUTON


La mer tente ma lyre avec ses épouvantes.

Ses caresses de femme et ses goëmons verts.

Ô mer trois fois perfide ! alors que tu me hantes 

Sur mon indignité j'ai les yeux grands ouverts.

 

Je pourrais comme un autre en alignant des rimes

Dire ton glauque azur aux vastes horizons;

Je pourrais par des mots semés sur tes abîmes

Faire comme les flots s'entrechoquer des sons.

 

Mais non, je suis trop peu pour cette rude tâche;

Tu m'as découragé par ton immensité.

L'effort est surhumain et je me sens trop lâche

Pour peindre dans mes vers ta terrible beauté.

 

Que d'autres plus hardis t'adressent la parole,

Comparent ton murmure à celui du sapin;

Je n'ose pas. Et puis ce serait chose folle

De te chanter encor après Jean Richepin.

 

Τρίτη 12 Οκτωβρίου 2021

ΣΑΙΝ ΣΑΝΣ ΠΟΙΗΤΗΣ!


 

CAMILLE SAINT-SAËNS

 

LA STATUE


Le sculpteur modèle l'argile;

Puis, prenant le marbre indocile,
Le pétrit dans sa main habile
Avec un patient effort;

Ou bien sous sa fière tutelle
Il soumet le bronze rebelle:
Si la matière en est moins belle,
Pour vaincre le temps il est fort;

Et contre ce temps qui le tue
L'Homme en vain lutte et s'évertue,
Quand, bronze ou marbre, la statue
Immobile, impassible, voit

De son oeil fixe et sans prunelle
Passer les siècles devant elle
Et s'avancer l'ombre éternelle
Qui sur le passé toujours croît.

Tristes autels où se consume
Un reste de tison qui fume,
Enfoncez-vous dans cette brume
Où le soleil ne luira plus !

Les dieux meurent: leurs temples vides
Sont comme ces déserts arides
Où frissonnaient jadis les rides
Des grands océans disparus;

Mais l'Art a conservé l'image
Du dieu que vénérait le mage
Et que le fou comme le sage
Venait adorer en tremblant:

Ce n'est plus le dieu qu'on adore;
C'est sa forme vivante encore,
C'est la Beauté, divine aurore
Sortant, pure, du marbre blanc !