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Παρασκευή 24 Ιουνίου 2022

ΡΕΝΕ ΝΤΩΜΑΛ


 

RENÉ DAUMAL

IL SUFFIT D’UN MOT

Nomme si tu peux ton ombre, ta peur
et montre-lui le tour de sa tête,
le tour de ton monde et si tu peux
prononce-le, le mot des catastrophes,
si tu oses rompre ce silence
tissé de rires muets, — si tu oses
sans complices casser la boule,
déchirer la trame,
tout seul, tout seul, et plante là tes yeux
et viens aveugle vers la nuit,
viens vers ta mort qui ne te voit pas,
seul si tu oses rompre la nuit
pavée de prunelles mortes,
sans complices si tu oses
seul venir nu vers la mère des morts
dans le cœur de son cœur ta prunelle repose
écoute-la t’appeler : mon enfant,
écoute-la t’appeler par ton nom.

 

Τετάρτη 11 Νοεμβρίου 2020

ΡΕΝΕ ΝΤΩΜΑΛ


RENÉ DAUMAL

 

LA NAUSÉE D’ÊTRE

Je ne suis pas venu au monde
pour forger des bras aux centaures,
pour donner mon sang aux mouchoirs
qui sèchent au clair de lune.

Je ne suis pas venu au monde
pour combattre mon ombre,
ni pour trouver un jour mes poings
becquetés par les faisans.

Je ne suis pas venu pour frapper
ni pour rire à la mort.
Je ne me souviens plus,
des civières s’en vont,
des galères flambent,
des genoux tremblent et des faucons se posent
sur des boules fragiles et vivantes.

Si je regarde en arrière,
la mort s’en va à reculons,
indéfiniment des portes claquent,
jusqu’aux placards de l’horizon.

La mort au rire vulgaire
derrière ses persiennes vertes
suce un bonbon anglais
et les tapis sont mouillés de tisanes.

Je ne suis pas venu au monde,
au commencement il n’y a qu’un grand rire,
au coin d’une rue une poupée de plâtre
ouvre, en suant une eau verte de rage,
des boîtes qui ne contiennent que des boîtes,
et sans fin des boîtes.

Plus loin, comme un cœur suce le sang,
un trou dans une chair gigantesque m’aspire,
des murs vivants, rouges et chauds,
me traînent par la gorge,
je ne veux plus me retourner,
que tout à l’heure on m’assassine
d’un coup de couteau de cuisine
entre les deux épaules.

 

Τετάρτη 5 Αυγούστου 2020

ΡΕΝΕ ΝΤΩΜΑΛ



RENÉ DAUMAL


LA PEAU DU MONDE

Je vis et je vais m’interrogeant de la vie,
et l’image méconnaissable de moi-même,
ce monde d’air, de roc, de maisons, de lumières,
de millions de visages sans lois, sans voix
ce cuivre, ce bois verni, ces souffles, ces cris,
tournent, couleurs à fleur de peau,
formes touchées, mangées, où suis-je ?

(non, non, ce n’est pas une devinette,
hélas, ce n’est pas une devinette,
que ce soit ici ou ailleurs
je ne me reconnais plus.)

Ordre si fragile de la géométrie,
ne me prodigue plus les consolations de ton cœur de fer.
Ces jours, je vais dans les couleurs et les sons mêlés,
et je vois la nuit dans les plus vives lumières,
monde, monstrueux fantôme,
ton jour est la plus vide des nuits.
Une voix dit : ?où suis-je ? qui suis-je ??

Est-ce ma voix dans ce désert ?
La surface de chaque chose
est tendue par la nuit qui la gonfle,
– Oh ! cette nuit en voiles de soleil !
Oui, cette parole dans la bulle d’illusion,
cette parole perdue,
ce n’est jamais que la mienne.

Σάββατο 19 Αυγούστου 2017

ΡΕΝΕ ΝΤΩΜΑΛ!




RENÉ DAUMAL


POÈME

Je suis mort parce que je n’ai pas le désir ;
Je n’ai pas le désir parce que je crois posséder ;
Je crois posséder parce que je n’essaye pas de donner ;
Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien ;
Voyant qu’on n’a rien, on essaie de se donner ;
Essayant de se donner, on voit qu’on n’est rien ;
Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir ;
Désirant devenir on vit.

Παρασκευή 22 Μαΐου 2015

ΜΙΑ ΛΕΞΗ ΑΡΚΕΙ



RENÉ DAUMAL (1908-1944)


ΜΙΑ ΛΕΞΗ ΑΡΚΕΙ

Κατονόμασε αν μπορείς τον ίσκιο σου, τον φόβο σου
και του κεφαλιού σου δείξε του τον γύρο,
τον γύρο του κόσμου σου αν μπορείς
πρόφερέ τον, πες τη λέξη των καταστροφών,
αν τολμάς σπάσε τούτη τη σιωπή
που με γέλια άλαλα έχει υφανθεί – αν τολμάς
χωρίς συνεργούς να σπάσεις τη σφαίρα,
να κόψεις τον μίτο
μόνος, ολομόναχος, και φύτεψε εκεί τα μάτια σου
και τυφλός πορέψου προς τη νύχτα,
έλα στον θάνατο που δεν σε βλέπει,
μόνος σου αν τολμάς σπάσε τη νύχτα
τη λιθόστρωτη με ίριδες ματιών νεκρές,
χωρίς συνεργούς αν τολμάς
μόνος έλα γυμνός στη μάνα των νεκρών –
στης καρδιάς της την καρδιά κείται αναπαύεται η ίρις –
άκου την που σε φωνάζει: παιδί μου,
άκου την που με τ’ όνομά σου σε φωνάζει.




Μετάφραση: Γιώργος Κεντρωτής.