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Τρίτη 1 Ιουλίου 2025

ΑΛΑΙΝ ΜΠΟΣΚΕ

 


ALAIN BOSQUET

 

AIMER

 

Je t'aime, et avec ça l'urine et les menstrues qui font ton corps sublime et détesté.
Tu m'aimes, et avec ça mes dents pourries, mon sperme jaune et ma salive où flotte une odeur d'excrément.

Je t'aime, et avec ça tu n'as jamais compris comment je refaisais, à ma folle mesure, l'univers répugnant.
Aimes-tu cette verge ou cet esprit : la seule goutte que tu n'oses

ni essuyer ni boire ?
Intolérable amour

qui a besoin, pour l'interrompre, d'un poème

comme un bout de jambon avant que le coït

ne recommence !
J'aime, et c'est toi, et c'est nous que j'aime dans ma peur de me donner.
Tu aimes, dans notre coucherie, l'étreinte de la mort.

 

Πέμπτη 12 Αυγούστου 2021

ΑΛΑΙΝ ΜΠΟΣΚΕ

 


ALAIN BOSQUET

MUSIQUE

J’aurais voulu de temps en temps être musique,
et, privé de mon corps, partir avec le vent
sur les fleuves perdus, les vautours en révolte,
les troupeaux d’arbres fous qui broutent les hameaux.

De temps en temps j’aurais voulu être un murmure
interrompant le long silence du silex
et le forçant enfin de m’expliquer pourquoi
il a l’air malheureux comme un astre qui tombe.

De temps en temps j’aurais voulu être un soupir
chez les insectes roux qui détruisent la pomme,
la sapotille et la pastèque trop crédule.

J’aurais voulu de temps en temps être un refrain
qui unit sans raison ni astuce perverse
le désespoir de vivre aux douceurs de la vie.

 

Σάββατο 1 Αυγούστου 2020

ΑΛΑΙΝ ΜΠΟΣΚΕ



ALAIN BOSQUET


ROME

Le pangolin, bleu comme le tangage,
effectue son entrée
dans Saint-Pierre de Rome.
Il dit :
« Je prends tous les pouvoirs,
au nom du grand espace,
des volcans révoltés,
de l’univers qui est déçu.
J’excommunie les hommes :
les uns redeviendront orties,
les autres blattes. »
Vêtu de pourpre,
il fait pendre un évêque à chaque réverbère
et, le Tibre s’étant arrêté,
il dévore le Christ.

Πέμπτη 6 Ιουλίου 2017

ΣΗΜΕΡΑ ΤΟ ΠΡΩΙ Η ΔΡΟΣΙΑ




ALAIN BOSQUET


ΣΗΜΕΡΑ ΤΟ ΠΡΩΙ Η ΔΡΟΣΙΑ

Σήμερα το πρωί η δροσιά είναι τρομοκράτισσα.
Στις γλαδιόλες μέσα έχει κρυμμένο το στιλέτο.
Οι δολοφόνοι έχουν βάλει βόμβα
κάτω απ’ τον κομήτη.
Ακόμα και οι λιβελούλες
τρέφονται με αίμα:
με το δικό μου, με το δικό σου,
μ’ εκείνο των κρεμασμένων ποιημάτων.
Το πένθος κατεβαίνει ώς τις πέτρες
και η αυτοκτονία ώς τη μουσική.
Τα μυδράλια χύνουν έξω τα μυαλά τους.
Κι εγώ καταδικάζομαι να είμαι όμοιός μου.



Μετάφραση: Γιώργος Κεντρωτής.

Δευτέρα 23 Ιανουαρίου 2017

ΑΛΑΙΝ ΜΠΟΣΚΕ!




ALAIN BOSQUET


UN AUTRE MONDE

l serait beau, ami,
de naître dans un autre monde :
tu aurais là plusieurs jeunesses
et tu pourrais choisir la plus heureuse,
la mieux remplie,
peut-être aussi la plus étrange.
Il serait beau, ami,
de vivre dans un autre monde,
et ce ne serait point
être là, respirer, s’émouvoir,
mais peut-être se faire plus durable
comme la pierre endormie dans la pierre,
ou le fleuve courant à l’intérieur du fleuve,
ou le feu inconnu
qui ne ressemble pas au feu.
Il serait beau, ami,
de mourir dans un autre monde,
sans rien comprendre
ni calculer,
sauf que la mort peut-être
y est très douce,
y est très tendre,
et ne saurait se comparer
ni à la mort ni à la vie.

Παρασκευή 6 Ιανουαρίου 2017

ΑΛΑΙΝ ΜΠΟΣΚΕ!




ALAIN BOSQUET


LA ROSÉE CE MATIN

La rosée ce matin est terroriste.
Dans le glaïeul se cache le poignard.
Les assassins ont posé une bombe
sous la comète.
Même les libellules
se nourrissent de sang :
le mien, le tien,
celui des poèmes pendus.
Le deuil va jusqu’aux pierres
et le suicide jusqu’à la musique.
Les mitrailleuses crachent leur cervelle.
Je me condamne à être mon semblable.

Κυριακή 15 Φεβρουαρίου 2015

ΑΛΑΙΝ ΜΠΟΣΚΕ!




ALAIN BOSQUET


SENSUALITÉ

J'aime la femme : un rire, un coude, un sein fuyant.
Et puis, ça sert à quoi, ce choc de deux squelettes ?
J'aime la femme : un regard doux, une sueur.
Et puis, ça sert à quoi, ces salives mêlées ?


J'aime la femme : une manière de traduire la peau trop fine
du néant, son ventre mou qui s'ouvre et se referme.

Et puis, ça sert à quoi de n'être qu'un objet flottant sur des menstrues ?

J'aime la femme : il faut nourrir, pour le tuer,
ce qui en moi devient un singe trop savant
Et puis, ça sert à me grandir comme un mensonge
qui soudain se transforme en folle vérité.

J'aime la femme : une souffrance, un compromis
comme un arbre acceptant d'être un corbeau sans plumes.